LA POLITIQUE SPECTACLE
Posté le 22.01.2008 par cinqansdereflexions
http://www.lepost.fr/article/2008/01/22/1087052_sarkozy-ridiculise-par-la-presse-etrangere.html
Sarkozy ridiculisé par la presse étrangère
Par Olivier B , le 22/01/2008 (397 )
La presse étrangère, reprise par Courrier International, se lâche sur Sarkozy avec une férocité jubilatoire ! Extraits choisis pour illustrer à quel point notre Président est désormais la honte de la France.
Sarkozy, la politique de l'érection permanente
"Sur l'échiquier politique mondial, il ne semble pas y avoir de chef d'Etat plus satisfait de l'être, d'homme qui tire un meilleur parti de l'exposition médiatique qu'implique sa charge, de mâle plus exultant sur le trône de ses conquêtes. Nicolas Sarkozy s'amuse beaucoup et veut montrer à quel point le pouvoir le remplit d'énergie pour mieux désirer et être désiré, pour faire de son mandat une fête permanente, une ivresse de lui-même, une érection. En somme, après avoir appris que Sarkozy apprécie comme personne le bonheur et le plaisir que procure le pouvoir, nous venons de découvrir qu'il n'a aucun sens du ridicule. Les Français se demandent à bon droit ce que va leur coûter le voyage de Sarko en Egypte, avec ses vingt chambres louées dans un hôtel de luxe et ses avions de chasse escortant le jet présidentiel. Parce qu'à l'aller Sarkozy et Carla ont voyagé à bord d'un jet privé appartenant à Vincent Bolloré, l'homme d'affaires à la tête d'un institut de sondages [il détient 40 % de CSA] qui continue de placer Sarkozy au premier rang des personnalités préférées des Français. La première place : la seule qui vaille pour un homme qui s'agite comme une marionnette, avance comme un char d'assaut et aime certainement comme une machine à sous. Car enfin, seuls les chanceux gagnent le gros lot. Les autres regardent Nicolas Sarkozy triompher à la télévision" : Antonio Morales Riveira, Terra Magazine (Argentine).
De l'élégance, que diable !
"Pour son plus grand malheur, Sarkozy semble toujours frôler la "cool attitude" sans jamais l'atteindre. Il lui manque au moins 5 centimètres pour pouvoir porter des lunettes de soleil aviateur à verres réfléchissants ; grassouillet, il a tout juste 5 kilos de trop pour faire comme Poutine et tomber la chemise en public ; à 52 ans, il est trop vieux de cinq ans pour être pris en photo enlaçant la taille dénudée d'une femme de 39 ans. (...) Ce n'est pas un hasard si Nicolas Sarkozy est désormais affublé du surnom américanisant de "Président Bling-Bling". Il évolue dans un monde tapageur, fait de paparazzi, de micros tendus et de jets privés mis à disposition par des amis milliardaires. (...) De ce côté-ci de la Manche, les maladresses du chef de l'Etat français, son côté "nouveau riche" et ses faux-pas nous paraissent tout bonnement comiques, voire rafraîchissants après la pompe empesée des années Chirac. Mais pour beaucoup de Françaises et de Français, et pas forcément les plus traditionalistes ou les plus âgés, le "Sarko show" a des allures de soap opera mortifiant, une énième preuve du fait que la pipolisation à l'anglo-saxonne est en train de phagocyter les valeurs de la France éternelle. L'économie française est dans une situation alarmante, et alors que le président part en vacances au soleil avec un cortège de 26 véhicules et une belle héritière italienne, les Français ne se sont jamais sentis aussi pauvres depuis le début des années 1990. (...) Alors que son histoire d'amour avec l'opinion française commence à tourner au vinaigre, Sarko devrait revoir son scénario et, cessant de porter son coeur en sautoir, comme il le fait, le passer au poignet, avec sa montre au luxe clinquant" : Ben Macintyre, The Times (Angleterre).
C'est Berlusconi au carré !
"A Paris, on s'est beaucoup gaussé des Italiens mais, à vrai dire, le coeur n'y est plus ; quand un Parisien rencontre un Italien, le nom de Carla Bruni ne tarde pas à être lâché, puis on repense à Berlusconi, enfin on commente les dernières pantalonnades de Sarkozy pour conclure fraternellement : «Chacun son tour !» A eux maintenant de se dépatouiller avec un leader embarrassant. A Paris et en France, la cote du «président people» est en chute libre ; et, à propos du «Sarkoshow», depuis l'annonce des noces prochaines, les blagues vont bon train, du genre «trois mariages et un internement» et autres joyeusetés du même acabit" : Maria Laura Rodotá, Il Corriere della Sera (Italie).
Quelque chose en lui de Britney Spears
"Il n'y a pire imbécile qu'un vieil imbécile mais rien ne surpasse un vieil imbécile français, surtout quand il dirige le pays. Regardez Nicolas Sarkozy qui, transi d'amour, rêvasse dans Paris en faisant les yeux doux à Carla Bruni pendant que le reste du pays brûle des voitures ou se met en grève. Il suffit de voir Sarkozy sortir des eaux avec son top-model-devenu-chanteuse de treize ans sa cadette pour en avoir le rouge aux joues. (...) En d'autres termes, la France a réussi à élire un ado attardé à la présidence. (...) Et tout ça quelques jours après avoir rencontré Sa Sainteté le pape Benoît XVI, une rencontre au cours de laquelle Sarko a passé l'essentiel de son temps à loucher sur son portable pour voir s'il avait reçu des SMS, de la Bruni sans doute. C'est tout à fait le genre de chose que Paris Hilton ou Britney Spears, par exemple, pourraient faire, sauf que, pour leur rendre justice, aucune d'entre elles ne dirige la sixième économie du monde*" : Bryony Gordon, The Daily Telegraph (Angleterre).
* : erreur, la France est repassée tout récemment au cinquième rang.
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Posté le 17.10.2007 par cinqansdereflexions
Le héros n'en était pas un, mais il ne le savait pas
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-967815,0.html
vec le recul, et maintenant qu'il a surmonté le choc, Jilali El-Mrabet "a honte". C'est ce qu'il a indiqué à son avocat, Me Jacques Bourdais. M. El-Mrabet, 25 ans, victime d'une agression le 9 février à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), se demande si celle-ci n'a pas été, ensuite, l'objet d'une manipulation politico-médiatique.
Frappé à coups de pelle par quatre ou cinq jeunes gens, il avait été admis à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil dans un état très grave. Selon le récit qui avait été livré au lendemain des faits, Jilali se serait interposé face à une bande de jeunes qui s'en prenaient à une dame après un accident de la circulation. L'affaire avait été largement reprise par les médias et avait fait l'ouverture de certains journaux radio. Resté un temps entre la vie et la mort, M. El-Mrabet avait été hissé au rang de héros de la République.
Un jeune homme, présenté comme témoin, avait raconté la scène sur les ondes. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur en campagne pour l'élection présidentielle, s'était rendu au chevet de Jilali le 20 février. "Je suis allé dire à ce jeune homme combien il pouvait être fier de son acte, et que la nation lui était reconnaissante de son attitude", avait déclaré le ministre-candidat, avant de lui remettre trois semaines plus tard la médaille d'or du courage et du dévouement.
Dans une lettre datée du 9 mars à l'en-tête du ministère de l'intérieur, M. Sarkozy écrit à Jilali El-Mrabet : "J'ai l'immense plaisir de vous convier à la remise de décorations qui aura lieu, sous ma présidence, le mercredi 14 mars prochain à 11 heures, dans la cour du 19-août de la préfecture de police de Paris. (...) Cette cérémonie réunira des femmes et des hommes qui se sont distingués par des gestes de bravoure accomplis, parfois au péril de leur vie, pour le bien de la communauté humaine."
Devenu président de la République, M. Sarkozy avait invité le héros le 14 juillet à la garden-party de l'Elysée au milieu d'autres individus pareillement honorés. Le maire d'Evry (PS), Manuel Valls, qui ne voulait pas être en reste de ce concert de louanges, lui avait adressé "ses sincères félicitations" par un courrier du 21 mars.
Problème : Jilali El-Mrabet n'a jamais porté secours à personne. Interrogée après l'incident par les policiers, Christine B. - la dame que M. El-Mrabet aurait secourue - a déclaré n'avoir subi aucune menace. "J'ai peut-être été bousculée un peu au départ par les petits curieux, mais cela n'avait rien d'une agression", a-t-elle affirmé sur procès-verbal le 1er mars. Et d'ajouter : "Le seul moment qui aurait pu être critique c'est quand j'ai couru vers la victime pour que ses agresseurs la laissent tranquille."
"INSTRUMENTALISÉ"
En fait, M. El-Mrabet avait heurté le pare-chocs arrière du véhicule de Christine B. qui avait freiné brusquement afin d'éviter la voiture qui la précédait. C'est en allant demander aux occupants de celle-ci pourquoi ils s'étaient arrêtés brutalement, que Jilali El-Mrabet a été presque lynché à coups de pied et de pelle. Christine B. était au cœur de la scène.
"Quand j'ai vu que la victime s'était pris un premier coup de pelle au niveau de la nuque, j'ai accouru vers le groupe pour leur dire d'arrêter. Je leur criais dessus pour qu'ils s'en aillent", a-t-elle expliqué lors de cette audition.
"Les agresseurs s'en sont-ils pris à vous ?", lui ont demandé les enquêteurs. "Non, jamais", a répondu celle-ci. "La victime vous a-t-elle porté secours ?", ont insisté les policiers. "Bien sûr que non puisque je n'ai pas été agressée. C'est lui qui s'est fait taper dessus, pas moi", a assuré Christine B., qui s'est dite "écœurée" par ce qu'elle avait lu dans la presse. "On fait de moi une victime. Ce n'est pas le cas", a-t-elle déploré.
A la suite de ces violences, M. El-Mrabet a sombré dans un coma dont il est sorti deux jours plus tard. Sérieusement blessé au crâne, il a conservé un souvenir imprécis des événements. Lorsque à son réveil on lui a dit qu'il s'était comporté en héros, il l'a cru.
Mais en prenant connaissance du dossier d'instruction il y a quelques jours - ses agresseurs comparaîtront le 12 décembre devant le tribunal correctionnel d'Evry -, il a découvert la vérité. "Lui, il est traumatisé, on ne peut pas lui en vouloir", plaide Me Bourdais.
En revanche, les intentions de ceux qui ont érigé ce fait-divers en exemple, n'hésitant pas, pour cela, à tordre la réalité, lui paraissent autrement plus douteuses. "Une semaine après le drame, les services de police, la préfecture de l'Essonne, le parquet d'Evry qui avait ouvert une information judiciaire sur cette affaire savaient que mon client n'avait secouru personne", souligne-t-il.
Aujourd'hui Jilali El-Mrabet et Me Bourdais s'interrogent : le ministre-candidat a-t-il été mal informé ou a-t-il sciemment fait de cette affaire un symbole ? "Mon client a l'impression d'avoir été instrumentalisé" conclut Me Bourdais.
Posté le 17.06.2007 par cinqansdereflexions
http://agoravox.fr/article.php3?id_article=24225
Relance de la consommation des particuliers par l’endettement ?
53 % d’électeurs ont voté pour N. Sarkozy. Il est un des présidents les mieux élus de la Ve République. Sa légitimité est incontestable. Faut-il considérer que sa politique est désirée et comprise par tous ceux qui ont voté pour lui? On peut en douter, en particulier lorsque la réalité des mesures pointe son nez derrière l’artifice des discours.
Dans l’idéologie néolibérale, la croissance ne repose pas fondamentalement sur l’investissement de l’Etat, mais sur la consommation des particuliers boostée par l’endettement. Pour N. Sarkozy et les libéraux français, les citoyens ne sont pas assez endettés : en vivant en crédit, à l’instar des consommateurs américains, le citoyen français peut consommer davantage et créer - à son détriment le plus souvent- de la croissance. C’est, selon nous, la raison principale de la volonté de permettre la déductibilité des intérêts d’emprunts immobiliers (couplée avec un crédit d’impôt pour ceux qui ne paient pas d’impôt ou pas "assez"). A première vue, cette mesure peut apparaitre comme bénéfique, en donnant plus de pouvoir d’achat aux ménages. La régle vise cependant en premier à soutenir le marché immobilier, dont on sait qu’il constitue un moteur essentiel de la croissance, l’exemple espagnol, reposant sur un mécanisme similaire, en constituant une parfaite illustration. Si la mesure connait le succès qu’on lui prête, elle aura pour effet de maintenir voire de relancer la "bulle immobilière" en voie d’essouflement et donc de participer au renchérissement des prix de l’immobilier. La conséquence paraît inévitable : le gain fiscal sera pour les plus modestes entièrement (ou presque) absorbé par l’augmentation des prix générée par cette seule mesure. La réforme sera en fait essentiellement profitable aux opérateurs du marché immobilier ainsi qu’à ceux dont le patrimoine immobilier est déjà constitué : les principales victimes seront sans doute les primo-accédants, ceux dont le besoin d’aide est le plus criant.. Il faut en effet s’arrêter un instant sur l’endettement : toute l’économie libérale est au fond une économie de la dette : cependant l’endettement n’a pas le même impact selon la situation sociale de l’emprunteur. Lorsque l’emprunt sert à financer des besoins essentiels, non fructifères, l’endettement constitue essentiellement une charge pour celui qui le supporte. L’emprunt peut en revanche constituer un facteur d’enrichissement du patrimoine pour celui qui l’utilise comme un levier financier. Exemple simple je dispose de 400 000 € et souhaite acquérir un immeuble de rapport de 400 000 € avec espérance de revenus fonciers de 15 000 €. Plutôt que d’acquérir le bien avec mes économies, je peux avoir intérêt à acheter le bien avec un prêt (in fine ou amortissable) calculé de façon à ce que les mensualités d’emprunt et l’assurance décès absorbent le montant des revenus fonciers (voire davantage si je veux créer du déficit foncier imputable sur mes autres revenus fonciers) et placer les 400 000 € sur un support placé en adossement du prêt. Support qui génère des revenus supérieurs au revenus fonciers et moins taxés. Lorsqu’une personne a la liberté et la capacité de choisir l’emprunt comme mode d’arbitrage entre les classes d’actifs du patrimoine, il devient un vecteur d’enrichissement et non une charge : or, le projet de l’UMP est de conduire à une société de propriétaires, sans tenir compte de l’intérêt économique qu’il peut y avoir pour les plus modestes à ne pas être propriétaires. Dans la logique profonde du programme et non dans l’affichage qui en est donné, le développement économique repose sur l’incitation à la constitution et à la valorisation du patrimoine et non sur l’accroissement des revenus directs et indirects. Cette idéologie transparaît de façon nette dans la volonté de diminuer les droits de succession et d’augmenter l’efficacité du bouclier fiscal. Contrairement au discours officiel, la première mesure n’a pas pour objet de protéger le fruit du labeur de toute une vie des griffes prédatrices du fisc. En effet, cette approche est doublement inexacte : 1) elle ne tient pas compte de l’état actuel de la législation - qui est déjà assez favorable ; 2) Elle ignore le mode de constitution des patrimoines et le niveau moyen de ceux-ci. Aujourd’hui, dans l’hypothèse d’une succession non préparée, existent plusieurs mesures limitant l’imposition. Il existe des abattements en fonction de l’identité de l’héritier (conjoint, enfants, frères ou soeurs, pacsés etc.). S’applique ensuite un abattement global de 50 000 €. Sachant que le patrimoine moyen du foyer français est de 172 000 € (source INSEE), on mesure à quel point l’essentiel des patrimoines ne sont pas taxés lors des successions. Prenons l’exemple d’un veuf dont le patrimoine net est de 250 000 € et qui laisse à sa succession deux enfants. Chacun des enfants à vocation à recevoir 125 000 €. En ligne descendante, s’applique un abattement de 50 000 €. L’assiette taxable n’est donc plus que de 75 000 €. S’applique ensuite l’abattement global de 50 000 € ventilé au prorata des droits, soit 25 000 € par enfant. L’assiette taxable n’est plus que de 50 000 €. La taxation est progressive (5, 10, 15 .%,) et conduit à une imposition autour de 2000 € (avec encore des déductions possibles et une paiement fractionné ou échelonné). Soit une pression fiscale de 2% pour une succession entièrement non préparée. Sachant qu’il est aujourd’hui très simple de préparer la succession pour en diminuer voire en supprimer les droits (par une donation par exemple en franchise de droits tous les six ans de 50 000 € aux enfants) dans une succession de moyenne importance, il apparaît évident que la mesure proposée par Sarkozy est essentiellement profitable aux riches. Elle s’inscrit dans une vision d’une société inégalitaire (puisque ces mesures ont pour effet d’accentuer les inégalités de conditions d’origine), car - et c’est la seconde inexactitude du fondement justifiant cette mesure - les patrimoines ne se constituent pas en priorité par l’accumulation des fruits du travail, mais essentiellement par la force reproductive du capital. Comment parler alors de société du mérite ? Il n’y a aucun mérite à faire fructifier son patrimoine lorsque celui-ci travaille pour vous... En limitant la taxation sur les successions, le nouveau gouvernement ne favorise pas le travail comme il le prétend, bien au contraire : puisque la mesure conduit à limiter l’impôt donc le mécanisme de redistribution essentiel de l’Etat qui seul permet de rehausser la valeur travail en augmentant par exemple son montant minimal (le Smic) ou les retraites (dont la surchage en terme de coût pour l’entreprise peut être compensée par quelques exonérations). Quant au bouclier fiscal enfin, qui organise un droit à restitution l’année postérieure au paiement de l’ISF lorsque la somme des impôts payés (IR, ISF, taxes liées à l’habitation principale) excède 60 % (bientôt 50 %), il n’a d’intérêt que pour les patrimoines de très grande importance ; compte tenu des régles déterminant son taux et son assiette.. Par exemple, un patrimoine éligible à l’ISF de 1 200 000 € (ce qui suppose un patrimoine d’une valeur supérieure, ne serait-ce par exemple qu’en raison de l’abattement de 20 % sur la résidence principale), l’impôt dû est de 2420 € (sans tenir compte des déductions et de la prise en compte des charges et en particulier des impôits...). On comprend fort bien que le retraité de l’île de Ré ne peut pas être le cœur de cible de la mesure..
Etrange société que celle qui met en avant l’idée de mérite, mais qui dans les faits légitime les inégalités de situation et de patrimoine. Le principe de liberté de choix des établissements scolaires, le principe de l’autonomie des universités (qui, en germe, conduit à une augmentation considérable des droits d’inscription pour les universités les plus prestigieuses) constituent également deux mesures allant exactement dans le même sens
Posté le 05.06.2007 par cinqansdereflexions
Faut-il avoir peur des lois Sarkozy ?
Essai d’anticipation sociologique
Faut-il vraiment s’inquiéter des lois Sarkozy ?
Olivier Pasquiers
Provocation déplacée, dira-t-on. L’intellectuel satisfait s’apprête à donner une leçon d’intelligence mondaine, ou de mondanité critique. Rien d’étonnant à cette tranquillité prospère : l’intellectuel satisfait ne vit pas en roulotte, il ne se prostitue ni ne mendie, il ne tue pas le temps dans les cages d’escalier. D’ailleurs, l’intellectuel satisfait est toujours si satisfait qu’il n’est venu depuis belle lurette à aucun gouvernement, à aucun policier, la simple idée de le surveiller, de le mettre sur fichier de police ou sur écoute.
Posons la question autrement :
peut-on vraiment prendre les lois Sarkozy au sérieux ? Plus précisément : que vont faire ces lois ? Vont-elles véritablement changer quelque chose parmi ceux qui ont à l’appliquer et ceux qui ont à la subir ? Un lourd piège s’est refermé sur l’opposition actuelle aux lois Sarkozy, piège à deux mâchoires. La première : l’opposition aux lois Sarkozy satisfait la nature essentielle de ces lois, leur caractère de spectacle. La seconde : les lois Sarkozy et leur opposition se nourrissent d’une même mythologie, celle de la puissance sans frein du ministre de l’Intérieur, à commencer par la domination qu’il exerce sur sa propre administration. Or, si le piège se referme si bien, c’est que l’opposition à ces lois est essentiellement fondée sur des analyses textuelles très pertinentes, comme celles de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui a estimé après lecture que ces lois sont attentatoires à un certain nombre de principes fondamentaux du droit. Mais une loi ne vit pas dans son texte, mais par son application. A la critique des textes doit succéder une critique des pratiques que les textes annoncent, exercice d’anticipation sociologique que je vais tenter ici ; en prenant pour
point de départ le premier rouage du piège, la nature essentiellement spectaculaire des lois.
Les dispositions Sarkozy valent d’abord par leur extraordinaire succès scénique : elles et son promoteur incarnent toute l’action gouvernementale. L’enseignement sociologique majeur des lois Sarkozy, c’est d’abord leur force incroyablement performative : un « quand dire, c’est faire » derrière lequel un gouvernement tout entier s’est effacé, un « quand dire, c’est faire » si puissant que les dénonciations collectives se retrouvent prises au piège performatif. S’effrayer des lois Sarkozy, c’est toujours un peu adhérer à l’idée que Sarkozy fait, que le gouvernement agit.
Mais
du point de vue de leur substance, les lois Sarkozy n’innovent pas beaucoup. Elles hypertrophient des textes déjà existants, au premier rang desquels la Loi sur la sécurité intérieure (LSQ), proposée par le gouvernement Jospin et votée le 15 novembre 2001. Parfois,
elles parent des ors tapageurs de la loi de simples textes administratifs, discrets et presque honteux, comme les décret et arrêté « discothèque » du 15 décembre 1998, qui ont soumis les lieux de concert, notamment les cafés, à des mesures d’insonorisation extrêmement coûteuses, décimant ainsi les scènes alternatives. De manière typique, d’ailleurs,
ces mesures rendaient la police automatiquement comptable de ce qui partout ailleurs relève des rapports de voisinage. Le décret imposait la plainte comme forme cardinale de régulation de la vie quotidienne.
Cette curieuse manière d’envisager les rapports entre les gens définit bien ces lois (Vaillant-) Sarkozy qui déclarent « restaurer l’autorité de l’Etat » lorsqu’elles ne font qu’imposer aux représentants de la loi une absurde et impossible omniprésence. J’y reviendrai. Mais retenons donc ce premier aspect des lois Sarkozy : elles poursuivent des dispositifs engagés avant elles et, contrairement à ce que prétend leur principal promoteur, ont leur place dans cette période historique sécuritaire qui s’ouvre définitivement en juin 2001, lorsque Lionel Jospin présenta sa LSQ à la discussion parlementaire. Avant le 11 septembre, avant le 21 avril, ces deux pôles de justification Sarkozy(-Vaillant).
Pour d’autres dispositions, en revanche, elles se contentent de consacrer des pratiques déjà existantes sur le terrain.
Les lois Sarkozy consacrent et radicalisent ainsi, soit ce que les législatures précédentes avaient éparpillé çà et là, soit ce que les acteurs répressifs font déjà eux-mêmes sur le terrain. Voilà le coup de baguette performatif :
faire porter à son seul crédit ce que d’autres avaient déjà décidé, ou ce que les acteurs de terrain ont depuis longtemps le loisir de faire.
Parmi la
radicalisation des incriminations déjà existantes : la traite aggravée des êtres humains, l’occupation illicite des terrains par les gens du voyage [avant, on avait le droit ?], la location à autrui d’un logement dont on n’est pas propriétaire [même question], le rassemblement dans les halls d’immeuble [art. 52 LSQ], la mendicité dite agressive [on appelait cela de l’extorsion, ou bien une simple entrave à la liberté de circuler]. Parmi ce que les forces répressives pouvaient déjà faire : l’abolition du racolage actif / racolage passif, l’ouverture des coffres de voiture [prérogative des agents de douane, qui pouvaient depuis Schengen ouvrir les coffres sur tout le territoire français, et plus seulement aux postes-frontières], mais aussi le rassemblement dans les halls d’immeuble [qui a toujours été passible d’intervention lorsqu’il pose un trouble quelconque aux autres résidents, trouble dit « de jouissance », dont le plus commun est le tapage nocturne] ou bien sûr le fichier de police [version étendue du Système de traitement des infractions constatées, ce fichier autrefois miraculeusement autorisé par le Conseil d’Etat – il mentionnera désormais toute personne contre laquelle il existe de simples indices graves ou concordants rendant vraisemblable la participation à une infraction… et les victimes desdites infractions !].
Ce que la loi Sarkozy veut jusqu’à la caricature, c’est
la restauration de la puissance de l’Etat à l’encontre, principalement, de deux catégories : les marges et les jeunes, ou plus exactement les jeunes connus des services de police. Nous apercevons là les mâchoires du second piège refermé sur l’opposition aux lois Sarkozy. Car
ces populations visées par la loi constituent depuis des lustres les clientèles traditionnelles de la police. Ces lois Sarkozy, il faut donc les lire depuis les pratiques concrètes, depuis ces populations-clientèles et les situations de confrontation à la police. Lesquelles situations sont toujours marquées par un arbitraire sans mesure avec ce qui s’exerce dans les autres lieux de la société : situations de non-droit toujours imminent, ou en tout cas de peu de droits, que celles de la prostituée étrangère interpellée sur la voie publique ou du jeune récidiviste détenteur de résine de cannabis. Les cibles des lois Sarkozy sont donc en réalité ces situations et ces populations marquées par un très faible indice de pénétration de la loi.
De ce point de vue, une partie de la critique portée contre l’actuel ministre de l’Intérieur bute contre une sorte d’obstacle logique. On soutient en effet l’idée que les lois Sarkozy vont s’acharner sur des populations qui ont pour caractéristique commune de n’être que très peu sous le regard d’une loi par nature indifférente. Rares sont ces moments de courage et de sollicitude, lorsque le législateur se soucie, par exemple, de défendre la société à ses plus bas étages : celui des cellules de garde-à-vue, des quartiers disciplinaires, des éventuelles menues brutalités des forces (privées ou publiques) de sécurité ; courage qui avait été du gouvernement Jospin, dans une première période historique, celle de la loi du 15 juin 2000 sur la présomption d’innocence, celle de la loi du 6 juin 2000 qui crée la Commission nationale de déontologie de la sécurité. Beaucoup (beaucoup de collègues sociologues, aussi) soutiennent ainsi que
depuis Nicolas Sarkozy les bavures policières augmentent. Or, les plaintes pour violence illégitime (ici celles traitées par l’IGS) s’élevaient bon an mal an à environ 200 du début des années 80, puis à une moyenne de 250 au milieu des années 90, avant d’augmenter brutalement : à 360 en 2000, 385 en 2001, 432 en 2002. D’augmenter, donc, avant Sarkozy.
Nonobstant toutes les difficultés d’interprétation de ces fragiles instruments de mesure, il faut noter le décalage chronologique évident entre l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy et un mouvement qui lui est d’évidence antérieur. Lui attribuer la paternité (souhaitée ou non) des actes déviants ajoute un seau d’eau à la machine sarkozienne, qui nous mouline sans relâche la propagande selon laquelle il agit, il agit si bien qu’il lui suffit d’être là pour que, sur le terrain, les effets soient immédiats.
On a parlé de l’indice de pénétration de la loi dans ces recoins de déshérence du droit. Mais
parlons également de la police elle-même. Que dit-elle des lois Sarkozy ? Notamment, que disent les agents quant à la conversion de ces lois sur le terrain.
Les réactions des syndicats de police ne sont pas enthousiastes, du moins lorsque l’on descend au niveau des organisations représentant les policiers de base. Et ce n’est pas un hasard : ce sont ces policiers qui restent chargés de l’application des lois, Sarkozy ou pas.
Prenons le rassemblement dans les halls d’immeuble. Est-ce parce que cet acte est subitement punissable de deux mois de prison et de 3750 euros d’amende que les policiers de zone urbaine vont subitement se livrer, dans l’ivresse des lois Sarkozy, à des rafles de cages d’escalier ? Il faudrait avoir une vision totalement irréelle de la loi pénale pour le croire ; et les derniers à le croire sont bien précisément les personnes concernées : le flic de base et le jeune de quartier. Que disent-ils en effet, eux qu’il faudrait un peu plus souvent interroger pour fonder une vraie critique de la loi ? Que l’entrave à la circulation dans les parties communes, le harcèlement d’habitants, la consommation de drogue (dans les cages d’escalier et ailleurs), le tapage nocturne… ont toujours été des délits. Et que les policiers peuvent toujours intervenir lorsqu’un habitant importuné les sollicite, ou une association de locataires, ou un bailleur (comme une société HLM). Et si les policiers interviennent si peu, ou toujours trop tard, ou jamais avec les moyens qu’il faut, ou alors à 350 fonctionnaires pour 10 lascars en bas de chez eux, c’est qu’il y a de bonnes raisons pour cela.
Les raisons ? On l’a dit : les interventions auprès des clientèles policières sont peu gouvernées par le droit. Elles le sont par les rapports réels entre les forces en présence. Qu’un policier entreprenne de placer trois jeunes en garde-à-vue puis les défère parce qu’ils tenaient les murs de chez eux, et l’on peut aisément imaginer dans quelles conditions ce fonctionnaire zélé poursuivra sa mission.
Voilà le vrai visage de ces lois : elles ne sont rien d’autre qu’un supplément d’acharnement des policiers sur leurs clientèles naturelles. Ces lois condamnent les flics de terrain à exécuter des missions toujours plus impossibles, favorisant des îlots de tension et d’escalade toujours plus nombreux. Voilà les secondes tenailles sociologiques qui enserrent l’opposition au texte de la loi : la police est une institution saisie moins par les textes que par les logiques induites par son fonctionnement et par les situations d’application de la loi.
Là encore, il faudra lever les yeux de la copie Sarkozy, et voir dans quoi baigne concrètement la police. Dans des situations d’intervention, nous l’avons dit. Mais aussi dans un système bien plus large, le système pénal tout entier. Le policier n’est rien sans le procureur sous l’autorité duquel il est censé agir (art. 12 du Code de procédure pénal) et le juge qui sanctionne des délits et crimes que le policier constate et transmet. Or,
puisque les lois Sarkozy s’évertuent à pénaliser ce qui relevait du simple fait d’ordre public, c’est toute la chaîne pénale qui menace aujourd’hui de rompre sous l’approvisionnement que promettent ces « nouveaux délits », sans compter également le volume considérable des infractions routières qui, dessein présidentiel oblige, vont achever d’étouffer des tribunaux déjà noyés sous leur masse.
Quelques chiffres. En 2000, 4 606 961 PV ont été transmis aux parquets… 2 997 153 ont été déclarés « inutilisables faute d’élucidation ». Et des PV traités, une masse énorme se dégage des infractions routières (41% en 2000 contre 26% en 1975). Seules 373 000 affaires environ sont effectivement passées en Correctionnelle, 160 000 en Tribunal de police. C’est donc bien une autre illusion bien entretenue, et d’abord par leur auteur, que ces lois Sarkozy ; qui taisent combien leur application exige l’unanimité de tous les acteurs de la chaîne pénale.
Que vont faire les procureurs des centaines de milliers d’infractions routières si l’on y ajoute les affaires de jeunes en bas de chez eux, de racoleurs et racoleuses, de bruit intempestif, etc. ? Sachant que par ailleurs ces lois étendent encore plus les fichiers de police (et multiplient donc les « personnes (défavorablement) connues des services »), il y a tout lieu de penser que
les lois Sarkozy restent bel et bien pour l’essentiel destinées à rassurer le bourgeois et épater l’électeur.
Aveugles aux situations concrètes de leur application et de leur suivi, les lois ont opportunément été doublées (par décret) de tout un ensemble de dispositifs d’exception, tels les GIR, qui en disent vraiment la nature.
A ainsi radicaliser les fronts, à ainsi créer toutes les conditions propices à l’inapplication de ses lois absurdes, N. Sarkozy sait qu’il ne pourra qu’appeler chaque fois des déploiements de force exorbitants, et rameuter brigades entières de sûreté urbaines, compagnies de CRS, tireurs d’élite sur les toits, douaniers et agents du fisc de tous poils, un demi-service départemental de PJ, le tout en vue de démonstrations de puissance dans des cités avec lesquelles, pour ce qui est de la vie quotidienne, le gouvernement a préféré rompre (ainsi le glas de la police de proximité, sonné par simple circulaire de la Direction de la sécurité publique en date du 24 octobre 2002). Même paradoxe pour la prostitution, pour les gitans ou les mendiants : la loi ne fait qu’offrir aux préfets le loisir de recourir aux rafles quotidiennes, mais imagine-t-on tous les services de police quotidienne absorbés chaque nuit par ces logiques de spectacle ? Non. Mais il faut intervenir, car les lois Sarkozy ont pris le risque de soumettre la sécurité à une impitoyable logique de résultat. Et si la police quotidienne ne le fait pas, ce seront les polices d’ordre de type CRS ; consacrant ainsi un mouvement qui, au début des années 90, avait vu les CRS, destinées au maintien de l’ordre, désormais s’installer dans les cités pour y assurer une présence quotidienne (sédentarisation des forces mobiles…).
Le changement majeur introduit par les lois Sarkozy se lit dans ces règles de partage entre l’exceptionnel et la routine, entre le politique et la police. Ces lois font mécaniquement remonter le niveau pertinent de décision à hauteur des procureurs et surtout des préfets : la politique s’empare un peu plus de la police, qu’elle inféode à ses logiques propres (descentes-spectacles une veille de scrutin local, conversion de la sécurité publique, organisée localement, en forces d’ordre public, organisées centralement). La routine est abandonnée à l’apathie et au retrait, et à l’intervention toujours imminente des gros bataillons dès que les tensions dépassent un certain seuil, toujours plus bas.
Le changement majeur, donc : effacement du commandement local, omniprésence du préfet. Au quotidien, donc, mêmes rapports, mais plus tendus, entre les policiers et leurs clientèles – entre jeunes flics et jeunes marginaux, les premiers toujours plus jeunes (61% des policiers ont moins de 30 ans en Ile de France !), les seconds toujours plus largués (26% de chômage dans les Zones urbaines sensibles). Le grand spectacle, donc, comme mode de gestion obligé des risques.
Parce qu’elles sont des lois à haute valeur ajoutée scénique, les lois Sarkozy marchent donc bel et bien : beaucoup se sont déjà convaincus que quand Nicolas le dit, ça le fait. Et c’est bien leur propriété essentielle de lois-spectacle qui en dévoile la réalité sociologique, la réalité de leur application prochaine.
Laissant au même abandon, dans les zones d’exclusion, autant les populations fragiles que la police quotidienne, désormais inféodée aux coups politico-médiatiques des préfets, ces lois célèbrent un mode binaire de gestion de la précarité : la désolation apathique et le coup d’éclat.
Chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CNRS/ministère de la Justice). Dernier ouvrage paru : Bavures policières ? La force publique et ses usages. Paris, La Découverte, coll. « Textes à l’appui », 2002.
Ce texte développe et actualise des arguments présentés dans les Inrockuptibles, 376, février 2003. Voir aussi, du même auteur, « La politique dans le hall d’immeuble », Contre la Fabrique de la haine. Paris : L’Esprit frappeur, 2002, p. 215-223 (sur la genèse du rassemblement dans les halls d’immeuble), Vacarme (Paris), septembre 2002, p. 13-43 (avec Emmanuelle Cosse sur la police des quartiers www.vacarme.eu.org), ainsi que de Philippe Robert, L’insécurité en France. Paris : La Découverte, « Repères », 2002 et de Dominique Monjardet, « Police et sécurité dans l’arène électorale », Sociologie du travail, 22, 2002, p. 543-555.
Fabien Jobard
http://www.passant-ordinaire.com/revue/44-514.asp