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RELIGION ET SECTES

La République, les religions, l'espérance

Posté le 19.05.2007 par cinqansdereflexions
Vous trouverez ici une analyse de CHARLIE HEBDO sur le livre de N Sarkozy "La république, les religions, l'espérance", le passage sur les sectes et les questions sociales et religieuses me semblent importants.

Juste en dessous les extraits de ce livre.

Le Néo-Testament de Nicolas Sarkozy

CHARLIE HEBDO, 17 novembre 2004
[Texte intégral]

Remplacer les assistantes sociales par des prêtres, des mollahs et des scientologues, telle est l'idée lancée par Sarkozy dans son livre d'entretiens sur la place de la religion dans la société française.

Le modèle de Nicolas Sarkozy est américain, voire texan. Et pas uniquement le modèle économique, puisque notre futur ex­ministre des Finances projette de faire passer la France d'une laïcité séparative à une laïcité pluraliste à l'américaine, où le religieux aurait son mot à dire sur le politique sans que le contraire soit vrai.

Dans sa bible, La République, les religions, l'espérance, Sarkozy troque donc son image d'«homme pressé» ultrapragmatique contre une panoplie de sacristain.

Le credo de Sarko ...

Dès les premières pages, saint Nicolas nous met dans l'ambiance : «Ma conviction longuement mûrie est que le besoin d'espérer est consubstantiel à l'existence humaine; et que ce qui rend la liberté religieuse si importante est qu'il s'agit en réalité d'une liberté d'espérer.» Sur le même mode angélique, le futur président de l'UMP nous prie de prendre ce livre comme «un appel à la tolérance». De son côté, toutefois, la tolérance a ses limites. Les laïques, par exemple, sont volontiers qualifiés de « sectaires» quand ils ne sont pas carrément « intégristes ». Sans parler des athées, décrits comme des hommes «sans aucune espérance».

L'espérance, la vraie, ne peut venir que de la religion. Et l'État doit l'encourager en la subventionnant, car, hors la religion, point de salut. La question sociale, pour ne citer qu'elle, est bonne à jeter : [url]«Pour fondamentale qu'elle soit, la question sociale nest pas aussi consubstantielle à l'existence humaine que la question spirituelle », écrit-il. [/url]

À en croire Sarkozy, l'intervention du religieux dans toutes les sphères du politique aurait des effets carrément miraculeux. Il n'y aurait plus aucun problème dans les quartiers. Modifier la loi de 1905, en permettant la construction de mosquées et des instituts de formations pour imams, "serait une façon de lutter contre « les identités humiliées». Tant pis si cela signifie que tous les Français d'origine maghrébine doivent subitement devenir de «bons musulmans» pour être reconnus comme de «bons citoyens». Et tant pis si leurs nouveaux chiens de garde s'appellent Tariq Ramadan ou Hassan Iquioussen. Même intégristes, les prédicateurs coûtent moins cher que les assistantes sociales ...

... un credo antilaïcité

Si, dans son credo antilaïcité, Sarkozy soigne tout particulièrement les intégristes, il n'oublie pas pour autant les sectes. Il considère en effet qu'il faut refuser les «amalgames» entre les sectes et ce qu'il nomme sobrement les «nouveaux mouvements spirituels». De toute évidence, lorsqu'il a chaleureusement reçu Tom Cruise, l'ambassadeur hollywoodien de la Scientologie, à Bercy en septembre dernier, ce n'était pas uniquement pour parler cinéma et talonnettes.

La Scientologie use de tout son pouvoir de lobbying - et elle en a - pour être universellement reconnue comme un «nouveau mouvement spirituel», justement. Et la France est dans sa ligne de mire depuis que la commission parlementaire présidée par Alain Vivien l'a classée parmi les groupes les plus sectaires qui soient.

Il est vrai que ce genre d'«amalgame» ne se serait pas produit si, à la place de députés, on avait eu des évêques.

Fiametta Venner

***

http://209.85.129.104/search?q=cache:mujEHdwMjKwJ:www.sectes-infos.net/Sarkozy.htm+LIBERTE+RELIGIEUSE+SARKOZY&hl=fr&ct=clnk&cd=9&gl=fr


La république, les religions, l'espérance

Un livre écrit sous forme d’entretien entre Nicolas Sarkozy, Thibaud Collin (agrégé de philosophie) et Philippe Verdin (religieux dominicain). Il y est surtout question de la place de l’Islam en France et de ce qui a été mis en place pendant la période de mai 2002 à mars 2004, période où Nicolas Sarkozy exerçait à la fois la fonction de ministre de l’Intérieur et de ministre des Cultes. Quelques passages concernant "les sectes" et l'espérance spirituelle nous semblent intéressants dans le contexte de notre travail. Si M. Sarkozy reste prudent, on ressent malgré tout un regard plus mesuré sur la question des minorités spirituelles.

Extraits
Les questions posées à Nicolas Sarkozy sont en italiques.

Page 145
Aujourd’hui en France, doit-on avoir des inquiétudes au sujet des dérives sectaires ?

En l’état actuel, nous n’avons aucun indice d’une vague de dérives sectaires qui submergerait la France, ni même d’une extension du phénomène. Certes, il convient de rester vigilant et de ne faire preuve d’aucune faiblesse. Je me demande cependant si parfois l’on n’a pas été trop loin, jusqu’à faire preuve d’un certain sectarisme ! Loin de moi l’idée d’accepter n’importe quoi ou même d’être seulement laxiste. Mais de là à poursuivre de sa vindicte toute organisation, y compris les plus inoffensives, il y a un pas qui ne doit pas être franchi.

Il n’est pas facile de faire le partage entre les sectes tolérantes et celles qui doivent être dissoutes. La manipulation mentale, par exemple, est difficile à apprécier.

Je ne le crois pas. Je pense même que c’est assez simple : il s’agit d’un problème pénal. Croyez-moi, ce n’est pas très difficile de voir quand les gens sont violés, quand leur patrimoine est dilapidé, quand les enfants ne sont pas soignés, quand on a abusé des plus fragiles. Ce n’est pas impossible à discerner, à comprendre et à analyser.

Page 146
Vous dites qu’il ne faut pas aller trop loin dans la chasse aux sorcières. Mais les familles sont inquiètes pour leurs enfants, comme elles peuvent l’être avec les dealers.

Je comprends cette inquiétude. C’est pourquoi il faut punir sévèrement ceux qui exploitent, qui avilissent, qui privent les plus fragiles de leur libre arbitre. C’est pourquoi il faut également exercer une vigilance constante. C’est le rôle, notamment, de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Mais cette inquiétude ne justifie pas une lutte tous azimuts et sans mesure contre le moindre mouvement spirituel nouveau. J’ajoute que cette inquiétude est une raison de plus pour donner aux grandes religions les moyens de faire le travail spirituel qui pourra répondre au mieux aux besoins, aux enthousiasmes, aux angoisses de tous ceux qui aspirent à une démarche spirituelle. L’existence de mouvements sectaires est parallèle au recul de l’influence des grandes religions. C’est une autre facette de l’intérêt que présente, pour la République, la capacité des grandes religions à répondre à toutes ces attentes.

Page 138
Une définition morale de la religion, au sens où il y aurait des bonnes et des mauvaises, est aux antipodes de ce que je pense efficace, en tant que responsable public. Cela ne m’empêche pas d’avoir des convictions sur la valeur de telle ou telle confession, de tel ou tel discours, et de tenter de faire la différence entre le charlatanisme et la parole inspirée.

Comment l’Etat doit-il aborder les mouvements spirituels nouveaux ?

A côté des grandes religions, il y a, je crois, deux catégories de mouvements spirituels. Ceux qui aident les gens à vivre : quel que soit « le sérieux » du message, l’Etat n’a rien à en dire. Chacun trouve la réponse à ses inquiétudes, ses angoisses ou ses faiblesses comme il le peut. Pour les uns, ce sera la promenade en forêt, pour les autres, l’écoute de la musique grégorienne, pour d’autres encore, cela peut très bien être de rassembler ses faiblesses avec d’autres pour en faire une force. Il n’y a aucun jugement à porter ou commentaire à faire. Les seules limites que l’Etat doit faire respecter sont celles de l’ordre public. Il y a ensuite les mouvements qui sont organisés pour l’exploitation de la faiblesse des gens, l’abus sexuel, la manipulation mentale, la violence physique et la contrainte. On se trouve alors confronté à la seconde catégorie qui, elle, bien sûr, doit être combattue. Je veux rappeler que, sauf dérive, ce ne sont pas les rabbins, les imams ou les curés qui abusent de leurs paroissiennes ou exploitent financièrement leurs fidèles en leur faisant croire qu’ils y gagneront la vie dans l’au-delà ! On ne peut placer dans la même catégorie tel ou tel gourou, qui viole tous les membres de sa secte, et les ministres du culte de nos grandes religions ! Les différences sautent quand même aux yeux ! Il faut être frappé de cécité ou de particulière mauvaise foi pour ne pas le mesurer.

Le respect de la liberté individuelle, celui de la liberté de penser sont aussi des tests pertinents. Dans son homélie, le curé va dire qu’il faut faire le bien et rejeter le mal, mais il ne va pas s'immiscer dans la vie familiale pour décider, à la place des personnes, de l’éducation des enfants ou de l’opportunité de partir en vacances.

La transparence est encore un critère objectif. Lorsque vous entrez dans un groupe de prière catholique, vous savez dès le départ que vous êtes dans l’Eglise catholique. Les mouvements dangereux avancent masqués.

Page 136
Les grandes religions de France sont donc le Christianisme, le Judaïsme et l’Islam…Je crois à la liberté individuelle : si les gens ont envie d’être témoins de Jéhovah, c’est tout à fait leur droit. Tant que leurs activités ne sont pas contraires à l’ordre public, je ne vois pas au nom de quoi on le leur interdirait. Les témoins de Jéhovah ne constituent pas pour autant un des grands courants religieux du monde, ni de la France…Si on voulait essayer de trouver une définition de la religion par rapport aux sectes, je pense que l’un des critères les plus pertinents serait celui de la pérennité historique, car on doit convenir que l’authenticité du message spirituel est en quelque sorte légitimée par sa pérennité au travers des générations…Les témoins de Jéhovah, ce n’est pas tout à fait de la même nature en termes de pérennité séculaire, les raëliens encore moins, la scientologie pas davantage. La religion n’est pas un phénomène qui passe, qui est seulement conjoncturel. Elle est ancrée, enracinée et résiste à des siècles d’histoire…Il peut notamment y avoir des aspects sectaires aux confins de nos religions et, à l’inverse, un engagement religieux sincère dans l’appartenance à certains groupes spirituels récents et autonomes.

Le critère de l’universalité du message ne vous paraît-il pas suffisant ?

Il joue un rôle. Il ne peut toutefois constituer un critère exclusif, parce qu’un grand nombre de sectes prétendent elles aussi à l’universalité. En outre l’universalité n’est pas par elle-même une garantie de pratique démocratique, de respect des droits de l’homme et de la liberté de conscience. Le marxisme nous en a apporté une preuve éclatante. Enfin, je ne souhaite pas mettre l’accent sur l’universalité parce que c’est un critère qui risque d’être contradictoire avec la nécessité de promouvoir une organisation nationale des cultes.


Page 127
Aujourd’hui, quand une confession veut bénéficier des avantages fiscaux prévus par la loi en faveur des associations cultuelles, l’administration vérifie qu’elle en remplit les conditions juridiques. Cela équivaut à une reconnaissance de fait. Cette reconnaissance pose certes le problème des critères de distinction entre les religions et « le reste », qu’on désigne généralement sous le terme « de sectes »


Page 11
Sans doute aurais-je eu moins de force et éprouvé moins d’intérêt dans l’exercice de mes fonctions si cette question de l’espérance et de ses rapports avec la religion, la société, la République, n’avait constitué, de longue date, une dimension importante de mes réflexions personnelles. Ma conviction longuement mûrie est que le besoin d’espérer est consubstantiel à l’existence humaine ; et que ce qui rend la liberté religieuse si importante est qu’il s’agit en réalité de la liberté d’espérer.


Page 13
J’ai vécu mes responsabilités de ministre des Cultes pleinement. A l’opposé d’un certain nombre de mes prédécesseurs, je n’ai pas professé une indifférence polie à l’endroit des religions ; je ne me suis jamais excusé d’être ministre des Cultes ; j’ai au contraire revendiqué cette charge. Je considère que, toutes ces dernières années, on a surestimé l’importance des questions sociologiques, tandis que le fait religieux, la question spirituelle ont été très largement sous-estimés.

La question spirituelle existe très exactement depuis que l’homme a pris conscience de son destin particulier, celui d’être un humain. La question spirituelle, c’est celle de l’espérance, l’espérance d’avoir, après la mort, une perspective d’accomplissement dans l’éternité. Depuis que l’homme est conscient d’avoir un destin, il éprouve le besoin d’espérer.


Page 14
J’ajoute que le maintien de l’ordre public, qui est la responsabilité première du ministre de l’Intérieur, n’est pas une fin en soi, mais la condition d’exercice des libertés. On oublie souvent que le ministère de l’Intérieur est d’abord le ministère des grandes libertés : liberté de réunion, liberté de manifestation, liberté électorale, liberté d’association, liberté de circulation, libertés locales…

La religion se préoccupe de « l’essentiel », c’est à dire du sens et du pourquoi de la vie…Aux religions, le spirituel, à la République, le temporel. L’équilibre, c’est le devoir d’harmonie entre les deux ! …

Les fidèles des grands courants religieux ne demandent rien d ‘autre que la liberté de vivre leur foi. Ils acceptent difficilement d’être perçus comme une menace, voire un danger. Ils ne comprennent pas la tolérance naturelle de la société à l’endroit de toutes sortes de groupes ou d’appartenances ou de comportements minoritaires et le sentiment de méfiance à l’endroit des religions. Ils vivent cette situation comme une injustice !...


Page 15
Le fait religieux est un élément primordial en ce qu’il inscrit « la vie » dans un processus qui ne s’arrête pas avec la mort. C’est pourquoi je n’ai pas une conception sectaire de la laïcité. Pas même la vision d’une laïcité indifférente. Je crois au besoin religieux pour la majorité des femmes et des hommes de notre siècle. La place de la religion dans la France de ce début de troisième millénaire est centrale…

La République garantit une laïcité commune, ce qui signifie qu’il revient aux responsables publics, et plus particulièrement au ministre des Cultes, de s’assurer que l’ensemble des religions peuvent vivre dans la République, s’exprimer et se transmettre, mais conformément aux règles de la laïcité, c’est-à-dire en complète égalité.

Je crois donc en une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui garantit le droit de vivre sa religion comme un droit fondamental de la personne. La laïcité n’est pas l’ennemie des religions. Bien au contraire. La laïcité, c’est la garantie pour chacun de pouvoir croire et vivre sa foi.

Cela ne signifie en rien que les Eglises doivent dominer la société, lui imposer leurs règles, lui fixer une morale et même un calendrier. D’abord, parce que le fait religieux peut être indépendant des Eglises. On peut « croire » sans appartenir à aucune « organisation » . Enfin, parce que le droit de ne pas croire est également une liberté fondamentale. Reconnaître l’importance du fait religieux pour l’homme n’est nullement contradictoire avec le souhait de voir la société libre de toutes dominations, y compris d’Eglise…

Mais la laïcité respecte et même défend le droit inaliénable de chacun à pratiquer sa religion. La laïcité est au service de la liberté pour chacun des citoyens de la République de vivre ou non une religion et de la transmettre à ses enfants comme il l’entend. Ce droit de vivre sa religion est aussi important que le droit d’association, la liberté d’expression ou le droit à la présomption d’innocence. Finalement c’est la reconnaissance d’un droit universel à l’espérance.

Page 18
Tout ce qui donne du sens à la vie, tout ce qui peut faire penser que la vie n’est pas un bien de consommation immédiate, tout ce qui aide à comprendre que, pour tout effort, il y a une reconnaissance, que le devoir accompli est facteur d’épanouissement, est enrichissant pour notre société. Je ne crois pas qu’une société a besoin d’être religieuse pour exister, mais je pense que les religieux, les femmes et les hommes spirituels, les hommes de foi sont un élément apaisant. Oserais-je dire un élément civilisateur ? D’ailleurs, qu’est-ce qu’un homme qui croit si ce n’est un homme qui espère ? Cette espérance est capable d’offrir, dans la dynamique collective d’une société, une perspective de mobilisation pour le bien commun et un sens aigu de la vie. Je suis convaincu que l’esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et à réguler une société de liberté.

Page 20
La question de l’espérance, celle du sens de la vie, est sans doute la question la plus importante de l’existence. Elle reste une question centrale pour nos concitoyens.

Page 21
La spiritualité se vit de plus en plus comme un itinéraire individuel, une quête personnelle ponctuée par les étapes douloureuses de la vie telles que la perte d’un être cher.

Page 29
Or, la foi ne s’explique pas, ne se discute pas, elle se vit. Elle s’impose comme une évidence à celui qui répond à son appel. La foi est de l’ordre de la conviction…Il y a un effort personnel d’engagement pour accueillir la foi. Il s’agit d’une rencontre intime avec Dieu, du sentiment d’une élection, d’un appel. Cette expérience individuelle et unique ne mène pas forcément au dialogue. Une vérité d’évidence, qui s’impose à soi-même, n’est pas naturellement une école d’apprentissage de l’échange. Elle porte plutôt à l’assurance, à l’affirmation de certitudes, éventuellement au prosélytisme.

Page 35
Peut-on vivre sans espérance ?...Il y a un besoin d’espérance consubstantiel à la vie humaine. L’homme n’est pas fait pour supporter et assumer le désespoir. Le doute est déjà assez difficile à vivre. Alors la certitude du néant…Ce serait bien pire !

Page 36
La religion est une quête d’absolu…Appliqué à soi-même, l’absolu n’est pas un danger pour la société. Imposé aux autres, il devient un danger.

Page 43
Eprouver un besoin immédiat de s’en sortir et recourir à Dieu en désespoir de cause ne fait pas de l’homme un croyant ! C’est plutôt dans les situations de joie, de paix, quand on a le sentiment d’être comblé, que l’envie de se tourner vers Dieu dans la prière est la plus sincère.

Page 44
L’enjeu véritable, qui correspond sans doute le plus profondément à ma nature, c’est d’être utile par mon action, en allant de l’avant. Servir. J’aime bien cette phrase très connue de Jaurès : « C’est en allant vers la mer que le fleuve est fidèle à sa source » A l’inverse, l’expression dans laquelle je me reconnais le moins est : « L’urgence d’un retour aux sources ».

Page 52
Poser comme postulat qu’il y aurait des religions supérieures à d’autres, ou différentes des autres en raison de leurs valeurs, c’est poser le postulat que, si Dieu existe, il y aurait, bien séparés dans le ciel, le domaine des juifs, celui des musulmans et celui des chrétiens. Cette vision, en quelque sorte « partisane » n’est en aucun cas la mienne.


Page 119
Je me suis toujours dit qu’il y avait de l’arrogance dans la certitude de la non-existence divine. J’espère que chacun a en lui cette part de doute qui permet de continuer à espérer.

Donc tout le monde est croyant ?

Certes non, mais c’est sans doute l’attitude de François Mitterrand qui incarne le mieux ce que vivent beaucoup de nos concitoyens en matière de foi. Il croyait en quelque chose de difficilement définissable, une force, une puissance surnaturelle. C’était une façon de croire sans le formuler. C’était surtout une manière de refuser la désespérance du vide. Finalement, il est peut-être plus facile de croire que de vivre avec la conviction que rien n’existe dans l’au-delà. D’une certaine manière, il n’ y a pas tellement de mérite à croire. C’est tellement sinistre de ne pas avoir de perspectives.

Page 131
Croire, vivre sa foi sont des libertés qu’il faut défendre. La foi et l’engagement des citoyens croyants sont positifs pour la nation. Ce ne sont ni des risques, ni des menaces, ni des dérives.

Page 133
Empêcher quelqu’un de pratiquer sa religion ou troubler l’exercice du culte sont d’ailleurs des délits spécifiques depuis la loi 1905 elle-même.

Page 141
Il me semble en fait que la meilleure façon d’éviter les dérapages serait que les grandes religions aient la sagesse de laisser s’organiser une plus grande diversité en leur sein. Je pense qu’il faut faire confiance aux grands courants spirituels qui ont fait leurs preuves au travers des siècles pour organiser, et même encourager, la diversité dans leurs rangs. Le renouvellement des pratiques, la réponse aux attentes bouillonnantes de certains nouveaux fidèles en quête de spirituel pourraient procéder de l’organisation d’une plus grande diversité au sein des religions qui ont traversé l’histoire, ce qui suppose pour elles d’ouvrir un peu plus les portes à la liberté. Cela présente en outre l’avantage d’éviter que les religions soient prises en otages d’une pensée unique rigide ou extrême.

Page 163
La morale républicaine, c’est le respect de la loi. Est moral ce qui est conforme à la loi. Dans le domaine spirituel, on ne se situe pas dans le même ordre. N’est pas forcément moral ce qui respecte la loi, et n’est pas forcément immoral ce qui ne la respecte pas. On est dans une autre logique et je pense que les deux se renvoient, se complètent, s’équilibrent et s’enrichissent à vivre en interaction. La vie spirituelle constitue généralement le support d’engagements humains et philosophiques que la République ne peut pas offrir, elle qui ignore le bien ou le mal. La République défend la règle, la loi, sans les rattacher à un ordre moral. Elle dit ce qui est autorisé ou ce qui est interdit, elle ne dit pas ce qui est bien ou ce qui est mal. La religion peut en revanche apporter cette dimension.

Page 171
Celui qui ne croit pas n’est pas indifférent à la question de Dieu, puisqu’il exprime une conviction sur elle. Il fait de ses doutes une certitude. Il pense que l’homme est le fruit du hasard et de sa propre fin. Je ne juge pas cette attitude. Je m’interroge toutefois sur la possibilité de vivre sans avoir vraiment aucune espérance dans le registre des fins dernières. Ce qui est important à mes yeux c’est que chacun contribue à construire une société de tolérance : tolérance entre les religions, tolérance de la République à l’égard des religions, tolérance des religions à l’égard de la République et de la laïcité…J’aspire aussi à une meilleure compréhension du monde de ceux qui croient par ceux qui ne croient pas et réciproquement…Mon intuition, c’est qu’il y a en chacun de nous un homme qui croit et un autre qui doute.

Page 172 l
Les dernières lignes du livre
Les hommes politiques, notamment ne doivent pas parler seulement d’économie, de social, d’environnement, de sécurité. Nous devons aussi aborder les questions spirituelles. Notre société souffre d’une absence de dialogue et d’un manque de lieux de rencontres entre les religions elles-mêmes et entre les croyants et les non-croyants. Or la question religieuse est une question consubstantielle à l’homme, y compris à l’homme qui ne croit pas. C’est son choix d’espérer ou de ne pas espérer, mais c’est peut-être simplement une forme de salut que d’en parler…

Les sermons d'amitié de Tom Cruise à Sarkozy

Posté le 19.05.2007 par cinqansdereflexions
liberation, 18 juin 2005
Par Gilles WALLON
[Texte intégral]


A Paris, l'acteur scientologue a évoqué leur rencontre de l'été dernier.

Tom Cruise et Nicolas Sarkozy ont beau être «amis», ils ont leurs sujets de discorde. Dans une conférence de presse vendredi matin à Paris, l'acteur, membre actif de l'Eglise de scientologie depuis plus de vingt ans, a contredit le ministre de l'Intérieur sur leur rencontre du 30 août. «Nous avons parlé de tout, de scientologie, de cinéma, de vie familiale», a déclaré l'Américain en évoquant son passage éclair à Bercy, lorsque Sarkozy était aux Finances.

Cette simple phrase remet en question le discours officiel sur l'objet de cette visite, rebattu depuis par l'entourage de Sarkozy : «Cinéma et relations franco-américaines.» Rien d'autre dans la discussion des deux hommes, et surtout pas les «bienfaits» proclamés par Tom Cruise d'un mouvement considéré en France comme une secte.

Le sujet était d'autant plus sensible que Nicolas Sarkozy avait été en charge des cultes, en tant qu'ancien ministre de l'Intérieur. «Tom Cruise est le plus prosélyte des membres de l'Eglise de scientologie», rappelle la députée socialiste Catherine Picard, présidente de l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu (Unadfi, association de défense des victimes de sectes). «Il tente de la légitimer à toutes ses apparitions.»

La «sortie» cruisienne de vendredi matin rappelle aussi la piste évoquée il y a deux semaines par l'émission de Canal + 90 Minutes. Pour celle-ci, le premier passage à l'Intérieur de Nicolas Sarkozy s'était distingué par une baisse de la surveillance des actions de l'Eglise de scientologie, allant même jusqu'à la mise à l'écart d'un policier chargé du dossier. Une accusation que l'entourage du ministre a toujours formellement démentie.

«Je suis très fier d'être scientologue, c'est ma philosophie religieuse, cela fait vingt ans que je le suis et cela m'a aidé de nombreuses fois», a réaffirmé sans complexe l'acteur vendredi. Dans son périple français, l'acteur doit se rendre à Marseille, où il devrait recevoir la médaille de citoyen d'honneur de la ville des mains du maire Jean-Claude Gaudin (UMP). Un hommage qui met en fureur l'Unadfi, mettant en garde les hommes politiques contre «l'infiltration» des pouvoirs publics par des groupes sectaires.

La scientologie

Posté le 19.05.2007 par cinqansdereflexions

Michèle Alliot-Marie relance le débat sur les sectes

Posté le 12.02.2008 par cinqansdereflexions
http://www.lexpress.fr/info/infojour/afp.asp?id=4938&1305

Michèle Alliot-Marie relance le débat sur les sectes
AFP

Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur chargée des Cultes, a relancé le débat sur les sectes, en mettant en cause le fonctionnement de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), au moment où celle-ci est l'objet de critiques de mouvements comme la scientologie.

La ministre a confié au Parisien lundi, vouloir "décomplexer la lutte contre des dérives sectaires" et "assurer la liberté de croyance de tous". Dans la foulée, elle a affirmé que ce n'était "pas à la Miviludes de définir une politique, ni de mener des actions de répression".

Interrogée par l'AFP, la Miviludes s'est refusée à tout commentaire, indiquant n'avoir pas été prévenue. "Tout ce que nous apprenons, nous l'apprenons par la presse", a déploré un membre de la Mission, rappelant que la Miviludes était un organisme interministériel dépendant du Premier ministre et non du ministre de l'Intérieur.

Même si Mme Alliot-Marie a tempéré, peu après, son propos en assurant qu'il ne s'agissait "en rien d'une mise en cause" de la Miviludes qui "a son rôle de réflexion, voire de propositions", ses déclarations sont intervenues à un moment où certains mouvements critiquent l'action de la mission.

La Miviludes, créée en 2002, a succédé à la Mils (Mission interministérielle de lutte contre les sectes) qui émanait elle-même d'un Observatoire créé en 1996 dans la foulée du rapport parlementaire sur "les sectes en France" et l'affaire de l'Ordre du Temple solaire (16 morts).

Dans ses récents rapports, elle a étudié le risque d'intrusion des sectes dans les secteurs de la formation professionnelle et de l'entreprise. Ses détracteurs l'accusent de "voir des sectes partout", ce que réfute son président Jean-Michel Roulet, rappelant qu'il chasse les dérives sectaires ("mise en état de sujétion"), et non les sectes.

Néanmoins, la Miviludes est vue comme un ennemi personnel par l'Eglise de Scientologie, qui lui préférerait un "observatoire" composé de professeurs et de chercheurs et juge ses critères "inappropriés".

En France, pays laïque, l'Etat ne définit pas la religion mais défend la liberté de croyance, qui doit s'exercer "sans trouble à l'ordre public". Une association, rassemblant des fidèles, ne réclamant pas de fonds publics et ne causant pas de scandale, peut demander à bénéficier du statut d'association cultuelle (loi de 1905). Mais certaines associations à caractère cultuel ont fondé des associations culturelles (loi de 1901), qui peuvent bénéficier de fonds publics.

Il y a une certaine confusion entre les deux statuts et une des propositions du rapport Machelon (septembre 2006) sur le toilettage de la loi de 1905 est justement de reconsidérer leur fonctionnement et leur objet.

Dans le contexte de "laïcité positive" mis en avant par le président Sarkozy, les anti-sectes craignent qu'au nom de la liberté de croyance, on n'ouvre le champ aux mouvements sectaires.

Pour tenter de décrisper le débat, l'Eglise de Scientologie a fait savoir mardi qu'elle ne demandait à "bénéficier d'aucun aménagement" de la loi de 1905, tandis que le porte parole des Témoins de Jéhovah (200.000 adeptes en France), Jean-Claude Pons, a dit à l'AFP qu'il n'y avait "pas grand'chose à attendre d'une modification de la loi de 1905". M. Pons a souhaité, toutefois, une "clarification" entre associations loi 1901 et loi 1905.

L'historien des religions Odon Vallet, dans son "petit lexique des mots essentiels", écrit qu'une secte est "à la fois un lieu où on suit un chef et où l'on se coupe du monde. (...) La secte est une île et la religion un continent".

Une laïcité de chanoine

Posté le 12.02.2008 par cinqansdereflexions
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/01/31/une-laicite-de-chanoine-par-caroline-fourest_1005856_3232.html

Une laïcité de chanoine, par Caroline Fourest
LE MONDE

La laïcité à la française vit-elle ses dernières heures ? "La société a changé", nous dit Michèle Alliot-Marie. La loi de 1905 est censée suivre. Elle nous annonce une modification, non pas de sa lettre, mais de son esprit, par circulaire ou par décret. Encouragé par de tels propos, le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, demande carrément un "moratoire".

Personne ne peut prétendre être surpris. Nicolas Sarkozy l'avait promis, et même écrit en 2004 dans La République, les religions et l'espérance : un livre de combat contre une conception stricte et ambitieuse de la laïcité à la française, qualifiée de "sectaire". Il envisageait même de modifier l'article 2 - selon lequel "l'Etat ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte" - pour financer des lieux de culte sur fonds publics. Sentant que cela ne passerait pas, il s'est vite rabattu sur une solution plus discrète : décloisonner les associations de type 1905 et de type 1901 pour pouvoir financer le religieux via le culturel. Une suggestion du président de la Fédération protestante, retenue par la commission Machelon mise en place par Nicolas Sarkozy, et que Michèle Alliot-Marie promet d'appliquer en pleine remontée des intégrismes.

Officiellement, il s'agit d'aider l'islam à rattraper son retard. L'argument séduit même à gauche. Les mêmes n'accepteraient jamais que l'on touche à la laïcité pour financer le culte chrétien ou juif, mais si c'est pour l'islam... Mais de quel retard nous parle-t-on ? Si les fidèles sont nombreux et manquent d'un lieu de culte, ne peuvent-ils pas se cotiser ? Bien sûr que si, et c'est ce qu'ils font. D'après les chiffres du bureau des cultes du ministère de l'intérieur, le retard est pratiquement rattrapé. L'islam des caves n'est plus qu'un fantasme. Sur les 30 caves recensées par les services de renseignements, la plupart ont été remplacées par des salles de prières officielles, passées de 1 555 à 2 000 entre 2001 et 2006. Soit presque autant que le nombre de lieux de culte évangéliques, en pleine explosion avec 1 800 lieux recensés. Alors que 3 % des Français sont musulmans et 2 % protestants, il s'ouvre chaque année en moyenne 34 lieux évangéliques et 16 mosquées.

Jamais, depuis un siècle, la France n'avait connu une telle frénésie dans la construction de lieux de culte. Il en pousse un par semaine, souvent avec l'aide des élus locaux, de gauche ou de droite, désireux d'entretenir les clientèles religieuses. C'est dire si le dynamisme actuel devrait bien vite combler les besoins des musulmans français, dont un tiers seulement se déclarent "croyants et pratiquants", et dont seule une petite minorité va à la mosquée.

L'Etat a-t-il tellement d'argent à dépenser qu'il faille le consacrer à encourager cet islam collectif, souvent politique, au détriment de l'islam individuel ? Cet argent, nous dit-on, permettrait de mieux contrôler l'islam radical. Rien n'est plus illusoire. Les mosquées radicales, comme celles de l'UOIF - une organisation inspirée par les Frères musulmans légitimée par Nicolas Sarkozy au sein du Conseil français du culte musulman -, ont déjà leurs mécènes et déclinent l'offre d'une aide de l'Etat assortie d'un contrôle. D'ailleurs, à moins de revenir à un système concordataire, comment l'Etat pourrait-il contrôler le contenu d'un prêche ? Et de quel droit ?

Le seul moyen de protéger l'islam contre les influences étrangères et intégristes serait d'obliger tous les fonds destinés au cultuel à passer par la Fondation pour les oeuvres de l'islam, imaginée sous Dominique de Villepin. Et de l'étendre à tous les cultes par souci d'équité. Un comité de sages, républicains et laïques, se chargerait de redistribuer l'argent ainsi collecté. Autrement dit, il ne faut pas assouplir l'esprit de 1905, mais le durcir.

Au lieu de financer le retour du religieux, on pourrait surtout consacrer cet argent au social et au culturel. Par exemple en vue de réduire le nombre d'élèves par classe dans les quartiers populaires. Mais ce n'est pas la priorité de notre président, pour qui un instituteur ne remplacera jamais un prêtre ou un pasteur. A l'entendre, le plus grand mal dont souffrent les banlieues serait d'être devenues des "déserts spirituels". Sachant que l'"espérance" passe à ses yeux par le religieux, le nouveau nom du plan banlieue - baptisé "Espoir banlieue" - a de quoi inquiéter.

Mais que l'on ne s'y trompe pas : la volonté de décloisonner le cultuel et le culturel servira surtout le christianisme. En particulier le renouveau évangélique à tendance sectaire, que Nicolas Sarkozy juge "évidemment positif" et sur lequel il mise ouvertement pour reconquérir les banlieues. Toujours dans ce fameux livre, il consacre un chapitre entier à la reconnaissance des "nouveaux mouvements spirituels", du nom donné aux Etats-Unis à ce que nous appelons en France des sectes. On pense à des mouvements comme les Témoins de Jéhovah ou la Scientologie, incroyablement chouchoutés lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l'intérieur. Michèle Alliot-Marie annonce vouloir revoir "les qualifications pénales" envers les "dérives sectaires". Pour les assouplir, bien sûr. La "laïcité positive", c'est-à-dire à l'anglo-saxonne, n'a pas fini de nous surprendre.

Nicolas Sarkozy veut remettre la religion au cœur de la vie de la cité

Posté le 12.02.2008 par cinqansdereflexions
http://www.lemonde.fr/politique/article/2007/12/21/nicolas-sarkozy-veut-remettre-la-religion-au-c-ur-de-la-vie-de-la-cite_992142_823448.html


Nicolas Sarkozy veut remettre la religion au cœur de la vie de la citéLE MONDE | 21.12.07 | 09h47 • Mis à jour le 21.12.07 | 10h09
Rome, envoyé spécial

Le "discours du Latran" laissera plus de traces que la visite officielle de Nicolas Sarkozy, jeudi matin 20 décembre au Vatican, au pape Benoît XVI. Les deux hommes ont constaté leur proximité de vues sur la place de la religion dans la vie publique et, à l'étranger, sur le Liban, le Proche-Orient, l'Afrique, et la libération des otages de Colombie.

Le discours prononcé jeudi soir par le président français à la basilique du Latran, lors de la prise de possession – toute symbolique– de son siège de "chanoine d'honneur", est un acte politique d'une autre ampleur, une tentative d'enterrer la "guerre des deux France" (cléricale et révolutionnaire) et de réconcilier, pour de bon, la République laïque et l'Eglise catholique.

C'est la première fois que Nicolas Sarkozy en tant que président –il avait déjà affiché ses convictions comme ministre de l'intérieur– choisissait aussi nettement son camp, sans complexe ni dogme préétabli, sur un terrain aussi miné.

Le discours du Latran est, d'abord, une relecture de l'histoire de France à partir de ses "racines" chrétiennes, d'évidence inspirée par Henri Guaino et Max Gallo, qui faisaient partie de la délégation française à Rome. "Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes, martèle M. Sarkozy. J'assume pleinement le passé de la France et ce lien particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Eglise.

Nicolas Sarkozy rappelle comme le christianisme a façonné la nation française, sa culture, son éthique, ses arts et cite Pascal, Bossuet, Péguy, Claudel, Bernanos, Mauriac, Maritain, Mounier, René Girard et des théologiens comme de Lubac et Congar.


Il ne craint pas d'évoquer les "souffrances" infligées au clergé par la loi de séparation de 1905 (expulsion des congrégations, querelle des inventaires). L'interprétation aujourd'hui consensuelle de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat de 1905 relève, dit-il habilement, d'une "reconstruction rétrospective". Mais on ne bâtit pas l'avenir d'une nation en ressassant les "blessures du passé".

C'est un ton nouveau. Pour Nicolas Sarkozy, la religion n'est plus un tabou, alors que, pour François Mitterrand ou Jacques Chirac, elle relevait d'abord de la conviction privée. Sur les "racines" chrétiennes, le président de la République prend ostensiblement ses distances avec Jacques Chirac, avec Lionel Jospin et aussi Valéry Giscard d'Estaing, ex-président de la Convention européenne, qui avaient invoqué la laïcité "à la française" pour faire obstacle à la mention des racines chrétiennes de l'Europe dans le préambule du traité constitutionnel. On doute cependant que Nicolas Sarkozy relance la polémique dans l'Union sur cette épineuse question.

"SACRIFICES"
La laïcité, selon Nicolas Sarkozy, n'est pas en péril, mais le discours du Latran en propose une autre pratique. Il n'est pas question de remettre en cause les "grands équilibres" de la loi de 1905, dont Jacques Chirac disait qu'elle était un "monument" inviolable.


Mais, à contre-courant des campagnes hostiles à la religion liées à la montée des intégrismes, puis d'un "antichristianisme" si souvent dénoncé par René Rémond, enfin d'un nouvel athéisme revendiqué par le philosophe Michel Onfray, le président affirme que la France a tout à gagner à une "laïcité positive", à une reconnaissance effective de la place des courants spirituels dans la vie publique, à leur concours dans la définition d'une "morale" pour le pays.

Des allusions à une laïcité "épuisée" ou guettée par le "fanatisme" vont faire des vagues. Ne craignant pas de choquer, M. Sarkozy dit que l'intérêt de la République est de compter des populations qui "croient" et "espèrent" et qu'il n'est pas de bonne politique sans référence à une "transcendance".

A Rome, on n'en attendait pas tant. Les catholiques n'ont jamais été si bien traités. Dans un troisième temps, le président lance un appel aux "catholiques convaincus" pour qu'ils l'aident à répondre au besoin de sens, de repères, d'identité et d'espérance. Il loue l'exemple des moines de Tibéhirine et de Mgr Claverie, évêque d'Oran, tués en 1996 en Algérie.

S'il n'a pas un mot pour l'islam, il confirme l'utilité de la commission Etat-Eglise catholique lancée, en 2002, par Lionel Jospin, reprise par ses successeurs. Et, dans un hommage au clergé français pour les "sacrifices" endurés, sans précédent dans la bouche du président d'une République laïque, il arrachera bien des sourires sur le visage des cardinaux, évêques, prélats et prêtres venus l'écouter, en tentant cette comparaison entre la vocation sacerdotale et celle de chef de l'Etat : "On n'est pas prêtre à moitié. Croyez bien qu'on n'est pas non plus président à moitié. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même, je sais ceux que j'ai faits pour réaliser la mienne!" Curieux discours que celui du Latran fondateur, mais aussi naïf et un peu provocateur.

Henri Tincq
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